L'intérêt des enchainements en triathlon


LES ENCHAINEMENTS EN TRIATHLON

Par Alexandre Garin, Coach Sportif, Préparateur Physique sur Chambéry et Entraîneur Fédéral de Triathlon

DESS STAPS UFRAPS de Dijon


INTRODUCTION :

1.Constat actuel :
L’entraînement actuel repose encore sur une forme d’entraînement dissocié depuis la naissance du triathlon. L’enchaînement des disciplines est encore peu prisé dans les clubs, alors que situation paradoxale, c’est l’essence même de notre sport. De nombreuses études scientifiques (physiologiques, biomécaniques...) ont été produites sur chaque discipline séparément mais très peu sur les enchaînements. Depuis seulement les années 80, les recherches sont innovantes à ce sujet.

2.Objectif :
Postulant que l’originalité fondamentale du triathlon tient à l’extraordinaire complexité de l’enchaînement des disciplines qui le composent, ce cours vise à mettre en évidence les avantages d’un entraînement spécifique aux enchaînements en triathlon.
Le haut niveau se prête déjà depuis longtemps à cette forme de pratique alors que paradoxalement, elle s’avère plus bénéfique pour des athlètes d’un moindre niveau dont l’adaptation aux enchaînements est difficile.


I. HISTORIQUE DES ETUDES :

a. Les études de KREIDER (1986-1988) et GUEZENNEC et al. (1993) dont s’est inspiré par la suite LEHENAFF furent les premières à poser le problème crucial pour les courtes distances des spécificités de l’enchaînement des épreuves du triathlon. Ces auteurs mettent ainsi à jour des différences considérables entre triathlon et épreuves de contrôle, et concluent en incitant les triathlètes à ne pas attendre la période de compétition pour «simuler les réponses physiologiques spécifiques au triathlon ».

b. La thèse de Didier LEHENAFF «de la spécificité du triathlon » (1991 à 1993) a pour objectif de démontrer l’utilité d’un entraînement spécifique, incluant périodiquement des séances de multi-enchaînements dans la programmation des triathlètes afin de créer un «terrain » favorable à la réalisation de meilleures performances en triathlon. Après avoir mené son étude à partir d’un groupe-témoin suivant un entraînement traditionnel et un groupe-test suivant un entraînement incluant plusieurs séances spécifiques d’enchaînements par semaine, il détermina des périodes de tests incorporant les épreuves suivantes : un test d’endurance en natation de 30’, un triathlon courte distance et en 10 km dit «de contrôle » en course à pied, afin de comparer les données métaboliques et biomécaniques enregistrées avec celles de la course à pied du triathlon.

Les résultats post-étude parlent d’eux-mêmes : les triathlètes du groupe expérimental se sont physiquement affûtés (enregistrement d’une perte de graisse compensée par un gain en masse musculaire). Ils ont clairement amélioré leur performance pédestre, et largement plus que ceux du groupe traditionnel. Ils ont démontré un niveau d’investissement physiologique supérieur à leurs homologues du groupe traditionnel. Ils ont montré une aisance supérieure lors de l’épreuve pédestre de contrôle (baisse accrue de la fréquence cardiaque et du débit ventilatoire, quasi-stabilité de la lactatémie par rapport aux valeurs de repos, allongement de la foulée...).
Ils ont davantage progressé en cyclisme, ont fait preuve d’une vivacité de mise en action supérieure en course à pied, ont développé une capacité à changer d’allure pendant la course à pied du triathlon et ont peaufiné la qualité gestuelle de leur enchaînement.

c. A.PFUTZNER et S.GROSSE de l’institut des sciences appliquées à l’entraînement de Leipzig en Allemagne ont émis une étude lors du premier symposium international de l’entraînement en triathlon à l’INSEP sur l’entraînement aux enchaînements : « un objectif majeur de l’entraînement spécifique en triathlon ».
Des tests de simulation de compétition ont été réalisés dans le cadre d’un diagnostic complexe de la performance. Les résultats relèvent que plus de 70 % des triathlètes étudiés ne réalisent pas leur course optimale pendant les 500 ou les 1000 premiers mètres. Ils perdraient jusqu’à 10 % de leur vitesse moyenne, ce qui représente jusqu’à 20 secondes par kilomètre. Ces conclusions ont été confirmées par les résultats des compétitions actuelles où l’on observe des différences de temps plus grandes encore.

d. En 1993, GOHLITZ et WITT ont mené des recherches sur les différents modèles de cycles d’une même foulée. Ils ont montré de façon très claire, qu’il y a lors de la phase d’enchaînement entre cyclisme et course des décalages dans le rapport optimal de la longueur et de la fréquence de la foulée. Les premiers résultats de ces recherches semblent indiquer que, dans cette phase de transition cyclisme-course, la perte de temps est plutôt liée à la baisse de la fréquence de la foulée qu’à la diminution de sa longueur. Et ce n’est qu’après environ 1000 mètres qu’on retrouve une fréquence de foulée stable. Or, on considère que la fréquence de la foulée est un indicateur fiable d’une technique optimale de course.

e. D’autres investigations ont été menées dont une sur la modélisation de la transition natation-cyclisme en laboratoire, effet sur la cinétique du lactate :

L’étude de R. LEPERS, A-X. BIGARD, J-P. HAUSSWIRTH, C-Y. GUEZENNEC de l’IMASSA-CERMA- département de physiologie systémique du Centre d’essai en vol de Brétigny, a été critiqué car l’adaptation sur le terrain est-elle possible ?
Néanmoins, les principaux résultats font apparaître une augmentation des phénomènes de clairance de l’acide lactique produit lors d’un exercice des membres inférieurs de type cyclisme, quand celui-ci a été précédé d’un exercice des membres supérieurs de type natation. Ces phénomènes de clairance peuvent être dus à une augmentation de l’oxydation du lactate, ou à une participation de celui-ci à la néoglucogénèse intramusculaire au niveau des membres supérieurs partiellement déplétés en glycogène. Par ailleurs, les résultats obtenus permettent de suggérer que l’utilisation de substrats lipidiques, stimulée par l’épreuve de natation d’un triathlon, ne pénalise pas les performances réalisées au cours de l’épreuve cycliste intéressant les membres inférieurs en termes de puissance maximale aérobie (P.M.A.) et de consommation maximale d’oxygène (HVO2 max).


II. LES PROBLEMES INDUITS PAR LES ENCHAINEMENTS :

D’une façon générale, la course à pied en triathlon par rapport à une course à pied pure est caractérisée par les indices suivants :
Augmentation du % de VO2 max, de la ventilation, de la fréquence cardiaque, du coût énergétique, de la température corporelle.
Diminution du rendement, baisse de centre de gravité : d’où l’intérêt du travail de gainage, une bascule du bassin, un écrasement de la foulée et une fermeture de la flexion du genou : d’où l’intérêt d’un travail de pied.

1. LA REPARTITION DE L’EFFORT :

Le temps de course des différentes disciplines sportives composant le triathlon se répartit de la manière suivante :

NATATION : + ou – 15 % du temps total de course.
VELO : + ou – 55 % du temps total de course.
COURSE A PIED : + ou – 30 % du temps total de course.

Les triathlètes doivent apprendre à gérer leur effort global de course pour être capable de terminer l’épreuve dans les meilleures conditions possibles, tout en réalisant une bonne performance dans les 3 disciplines.

L’entraîneur peut aider les triathlètes à optimiser leurs performances en leur apprenant à tenir compte de :
- la gestion de l’effort au cours des 3 disciplines,
- la fatigue induite par la discipline précédente (en cyclisme et en course à pied).

2. LES CHANGEMENTS DE POSITION :

L’enchaînement des 3 disciplines en triathlon se caractérise par le changement successif de position :
- la position allongée en natation (le corps est porté),
- la position assise en cyclisme (le corps est porté),
- la position debout en course à pied (l’athlète supporte le poids de son corps).

De plus, chacune des disciplines sollicite de façon préférentielle certains groupes musculaires. C’est pourquoi, à chaque enchaînement, on observe une nouvelle répartition des masses sanguines (concentration du sang vers les muscles sollicités).

3. L’EQUILIBRE DU CORPS :

L’équilibre du corps est réglé de façon différente dans chacune des 3 positions (natation, vélo et course à pied). Il fait appel à différents capteurs complémentaires répartis sur l’ensemble du corps.

1. Les capteurs visuels :

Ils renseignent sur les différentes vitesses de déplacement.

2. Les capteurs vestibulaires :

Ils sont situés au niveau de l’oreille interne et aident à conserver l’équilibre quelle que soit la position du corps dans l’espace.

3. Les capteurs proprioceptifs :

Ils sont situés au niveau des muscles, des tendons et des articulations. Ils renseignent sur les modifications des angulations des différents segments du corps et sur l’ensemble des modifications biomécaniques induites par tout mouvement.

Un entraînement basé sur les enchaînements permet donc aux triathlètes de solliciter ces capteurs de différentes façons. Ainsi, on constate une adaptation progressive aux perturbations de l’équilibre induites par les changements de position.

Les triathlètes ne prenant pas en compte cette donnée peuvent être confrontés à différents problèmes lors de l’enchaînement :
- mauvaise exécution du geste par manque de précision,
- perturbation de l’équilibre,
- mauvaise orientation dans l’aire de transition,
- mauvais contrôle de la trajectoire au départ du vélo,
- chute éventuelle,
- etc.